1-Hypersomnie
et somnolence diurne excessive
2-Vigilance et transports
3-Conséquences socioprofessionnelles et économiques
des troubles de l'éveil et du sommeil.
HYPERSOMNIE ET SOMNOLENCE DIURNE EXCESSIVE
Jean-Daniel GUIEU
Service de Neurophysiologie Clinique, Hôpital Salengro, CHRU, 59037 Lille-cedex.
Résumé
Les manifestation des troubles de l'éveil et en particulier la somnolence
diurne excessive sont souvent négligés ou méconnus en raison de leur ubiquité.
Les données récentes montent cependant que leur prévalence est loin d'être
négligeable et que leur retentissement, en particulier dans le cadre socio-professionnel,
doit être pris en compte et authentifié .
Mots clés :
somnolence diurne, hypersomnie, troubles de l'éveil, travail posté.
Hypersomnie et somnolence
diurne excessive sont les manifestations diurnes et nocturnes de l'excès de
sommeil. Elles sont souvent conjointes, mais la plainte des personnes atteintes
concerne le plus souvent la somnolence diurne excessive. La prévalence de
l'excès de sommeil, contrairement à celle de l'insomnie, est mal connue. Les
données classiques de la littérature qui sont disparates, font état d'une
prévalence de l'ordre de 5% (20% pour l'insomnie). Ce chiffre est probablement
sous-évalué et, une étude récente sur une population de plus de 5000 travailleurs
du nord de la France fait état d'une somnolence diurne interférant avec le
travail pour 7,5% des personne interrogées. Pour cette même population, 19,6%
ont un score à l'échelle de somnolence d'Epworth supérieur ou égal à 11, le
score moyen de l'ensemble de la population étant de l'ordre de 7.
L'excès de sommeil prend une importance particulière dans le cadre socio-professionnel
en raison des risques encourus. Au delà des banales fluctuations physiologiques
de la vigilance, hypersomnie ou somnolence diurne excessive sont souvent révélatrices
d'une pathologie sous-jacente qu'il importe de reconnaître et traiter. L'interrogatoire
et des outils diagnostiques simples , tel que le calendrier de sommeil, permettent
dans la majorité des cas de suspecter l'origine du trouble qui pourra si nécessaire
trouver confirmation dans des examens plus sophistiqués.
A l'origine de ces troubles on distingue habituellement quatre grands groupes
de perturbations : les perturbations liées à un facteur pathologique primaire
ou secondaire, les perturbations rattachées directement ou indirectement à
un trouble de la rythmicité circadienne de l'alternance veille sommeil et
enfin, les troubles pour lesquels existe un facteur d'induction.
Les troubles de l'éveil
induits regroupent essentiellement la somnolence diurne par insuffisance de
sommeil et les troubles provoqués par certains médicaments, certaines des
drogues illicites ou l'alcool. Le syndrome d'insuffisance de sommeil est souvent
méconnu en raison de sa banalité ; c'est une des causes principales de somnolence
diurne.
Il est facilement identifié par l'association à la somnolence diurne excessive,
d'un réveil tardif les jours de repos, d'une mise en route matinale difficile,
de siestes récupératrices quand elles peuvent être pratiquées et d'une réduction
de la performance diurne.
On note souvent une tendance au retard de phase et une hygiène de sommeil
médiocre. Le calendrier de sommeil est très informatif pour le diagnostic
et pour le suivi évolutif après rectification de l'hygiène veille-sommeil.
Les médicaments, l'alcool ou certaines drogues en particulier le cannabis
sont souvent les facteurs prépondérants ou participants d'une somnolence diurne.
Leur impact éventuel doit être systématiquement abordé lors de l'interrogatoire
en particulier en fonction du mode de début, des fluctuations dans le temps
et de l'age du patient.
Les troubles pathologiques d'origine primaire sont essentiellement représentés
par la Narcolepsie-cataplexie et l'Hypersomnie idiopathique. La prévalence
de la Narcolepsie serait similaire à celle de la Sclérose en plaque. Elle
est malheureusement souvent méconnue alors que le diagnostic est essentiellement
clinique. Cette affection associe typiquement une somnolence diurne excessive
(avec accès incoercibles de sommeil " réparateurs ") et des accès de cataplexie
( épisodes de résolution tonique complète ou partielle avec conscience préservée,
associés à un facteur émotionnel). Accessoirement on peut observer des hallucinations
en début ou fin de sommeil et des épisodes de paralysie du sommeil. La symptomatologie
apparaît souvent chez l'adolescent ou l'adulte jeune par la somnolence excessive.
Les examens polygraphiques spécifiques et la vérification de l'association
avec le système HLA ( en particulier DQB1 O602) confirment le diagnostic.
L'hypersomnie idiopathique , dont la prévalence est 1/10 de celle de la Narcolepsie
est surtout un diagnostic d'élimination. La forme habituelle (polysymptomatique)
associe un sommeil nocturne prolongé ( 10 heures ) de caractéristique normale,
une ivresse matinale de sommeil et une somnolence diurne. L'enregistrement
polygraphique prolongé (24 h) est un complément souhaitable aux données cliniques.
Narcolepsie et Hypersomnie idiopathique ont un traitement similaire qui repose
en première intention sur le modafinil pour lutter contre la somnolence diurne
et les accès de sommeil. Additionnellement, les antidépresseurs en particulier
tricycliques peuvent être employés pour réduire les manifestations de cataplexie.
D'autres pathologie primaires, souvent à caractère récurrent, existent mais
sont de caractère exceptionnel .
Les troubles pathologiques
d'origine secondaire .
Un premier volet est représenté par le syndrome d'apnées obstructives
du sommeil (SAOS) et le syndrome de haute résistance des voies aériennes supérieures
(SHRVAS) qui ont globalement une prévalence importante dans la population
générale et sont un des facteurs principaux de somnolence diurne excessive.
Les symptômes du SAOS sont maintenant bien connus de même que les facteurs
de risques et le traitement en particulier par pression positive continue
selon le degré de sévérité.
Le diagnostic de SHRVAS repose sur des éléments négatifs ( apnées -hypopnées
rares, absence de désaturation artérielle nocturne ), une somnolence diurne
excessive associée à une fatigue, des critères polygraphiques ( micro-éveils
associées à des efforts inspiratoires). . Le SHRVAS est souvent confondus,
en raison des éléments négatifs avec l'hypersomnie idiopathique. Selon l'importance
du retentissement, des traitement similaires à ceux du SAOS peuvent être envisagés.
Un second volet est formé par le syndrome d'impatiences vespérales
des membres inférieurs éventuellement associé (80% des cas ) à un syndrome
de mouvements périodiques des membres au cours du sommeil. Les impatiences
sont des paresthésies profondes désagréables des jambes , apparaissant au
repos avant l'endormissement et associées à un besoin impérieux de bouger
entraînant le soulagement temporaire. Les mouvements périodiques sont répétitifs,
stéréotypés et peuvent se reproduire par séquences plus ou moins longues au
cours du sommeil.
La prévalence globale est de l'ordre de 10% de la population générale,. augmentant
avec l'âge. L'association des deux syndromes peut entraîner une insomnie d'endormissement,
une fatigue à l'éveil et une somnolence diurne. Le traitement fait appel aux
benzodiazépines ou aux antiparkinsonniens .
Un troisième volet est représenté par des affections endocriniennes,
infectieuses, neurologiques au cours desquelles ont peut observer des troubles
de l'éveil . Ceux-ci en général, sont assez facilement rattachés à l'affection
causale le plus souvent déjà connue. On peut rapprocher de ce groupe l'hypersomnie
post-traumatique qui se manifeste essentiellement dans l'année qui suit le
traumatisme. Enfin, si les pathologies psychiatriques au sens large et en
particulier les troubles de l'humeur s'accompagnent fréquemment d'insomnie,
on peut dans 10 à 20% des cas observer une hypersomnie et une somnolence diurne
dont le contrôle polygraphique montrera souvent qu'il s'agit en fait d'une
clinophilie.
Troubles de la rythmicité
circadienne de l'alternance veille-sommeil.
Les troubles par retard de phase ou avance de phase sont classique mais en
réalité assez peu fréquents. Il s'agit d'un positionnement anormal , retardé
ou avancé par rapport à l'heure souhaitée, de la période de sommeil . Les
troubles sont liés à un échappement relatif de l'horloge interne aux effets
habituels des synchroniseurs exogènes. Le diagnostic est facilité par l'actimétrie
ambulatoire mais nécessité souvent des procédures beaucoup plus complexes.
Le syndrome de retard de phase qui est le plus fréquent est en fait souvent
confondu avec un banal syndrome d'insuffisance de sommeil associé à un coucher
tardif.
Les troubles de l'éveil induits par le travail posté sont fréquent mais leur
authentification souvent délicate compte tenu des nombreux facteurs confondants
pouvant entraîner un trouble de l'éveil. Ces troubles résultent d'une discordance
temporelle entre le cycle veille-sommeil endogène et la structure journalière
de l'environnement . Les changement de postes entretiennent la discordance
temporelle.. Les troubles se manifestent par une somnolence, un déficit attentionnel
et une fatigue qui est associée en partie aux perturbations d'autres rythmes
biologiques. Il existe une adaptation possible au changement de poste, comme
dans le cas d'un changement de fuseau horaire ( " jet lag " ) mais cette adaptation
varie avec l'individu , son age, et les caractéristiques des changements de
postes. Le plus souvent des facteurs additionnels font que l'adaptation reste
incomplète ( rupture du rythme circadien par les fins de semaine, la vie familiale,
les vacances, etc..). Globalement on estime à près de 2 heures la perte de
sommeil de jour par rapport au sommeil de nuit. Cette réduction peut être
lié à un facteur médical perturbant le sommeil et qui doit être identifié
par une démarche diagnostique . Elle peut également être liée à un déficit
de sommeil par réduction de sa durée, les deux facteurs pouvant coexister.
Les troubles du sommeil dus au travail posté nécessitent une reconnaissance
précoce ( identification de la privation et/ou de la perturbation du sommeil
) imposant le plus souvent et au minimum un contrôle actimétrique. L'approche
thérapeutique doit être modulée en fonction de l'équation personnelle du patient
( sélection et aménagement des horaires, respect de l'hygien veille-sommeil,
rectification comportementale par poste, action sur le système circadien (
photothérapie ) , éventuellement approche thérapeutique complémentaire.
Cette rapide revue des principaux facteurs d'une hypersomnie ou d'une somnolence diurne excessive montre donc une complexité au moins aussi grande que celle qui caractérise les différents types d'insomnie. On doit surtout retenir que, indépendamment de facteurs purement comportementaux, les troubles de l'éveil et en particulier la somnolence diurne excessive au delà de leur apparente banalité, sont souvent révélateurs d'une pathologie organique primaire ou secondaire qu'il importe de débusquer et de traiter.
L. ARBUS
FAculté de Médecine - 37 allées Jules Guesde - 31073 Toulouse Cedex
Mots-Clés :
Vigilance. Transport. Somnolence diurne excessive.
Le terme de vigilance
a été défini pour la première fois par HEAD en 1923 : " la vigilance est la
capacité physiologique du système nerveux qui lui permet de s'adapter à une
situation nouvelle ". Quelques années plus tard, il ajouta " quand la vigilance
est élevée, l'esprit et le corps sont prêts à réagir à n'importe quel événement
externe ou interne ".
La vigilance est donc l'efficacité à réagir, à s'adapter. La somnolence est
son contraire. Le terme de somnolence, en effet, correspond à un état subjectif
et objectif de vigilance abaissée, avec une tendance au sommeil et à l'assoupissement.
Vigilance et sommeil alternent chez l'homme : sommeil pendant 1/3 de notre
temps, vigilance pendant les 2/3 se répartissant de façon homogène avec un
sommeil qui se situe entre 22 h. et 6 h., et un état de vigilance qui existe
entre 6 h. et 22h ; mais il y a des variations. Ces variations sont de plusieurs
sortes. D'abord, elles sont physiologiques, basées sur la chronobiologie ;
elles sont ensuite dues à des troubles du sommeil, troubles du sommeil qui
peuvent être eux-mêmes physiologiques ou pathologiques.
. La première question
est de savoir comment se diagnostique la somnolence. On a décrit deux formes
cliniques : La somnolence peut s'accompagner de signes cliniques tels que
chute des paupières, suspension brève de la conscience, comportement amnésique
automatique, erreur, accident, et épisode de sommeil se produisant à n'importe
quel moment : ce sont les micro-sommeils annoncés donc, nous l'avons vu, par
la chute des paupières et très vite par la chute de la tête en avant. Ces
micro-sommeils surviennent de façon inopinée, surprennent le sujet et sont,
on le comprend, particulièrement graves pour le conducteur.
A côté de ces micro-sommeils brutaux et très dangereux, on trouve des états
de somnolence qui se caractérisent par un temps de réaction augmenté par un
défaut d'attention (l'attention est la focalisation de la vigilance sur un
thème, sur un signal). Ces altérations de l'état de vigilance ou somnolence
peuvent durer jusqu'au moment où un micro-sommeil va venir les interrompre.
Mais pendant cette longue période de défaut d'attention, d'altération de la
vigilance, de réponse ou de comportement non adapté, tout peut se produire
et plus particulièrement l'accident de la circulation.
Les états de somnolence sont de diagnostic difficile. L'électroencéphalogramme,
quand il les enregistre, montre une activité alpha, monotone. Mais d'autres
tests sont possibles. Nous ne les décrirons pas, ils font partie des techniques
de diagnostic. Nous en parlerons en fin d'exposé rapidement.
. PERETZ-LAVIE a bien montré des variations du niveau de vigilance et de somnolence
en relation avec l'organisation chronobiologique du sommeil. C'est ainsi qu'on
retrouve régulièrement une courbe de somnolence biphasique avec un sommeil
qui se situe entre 3 h. et 5 h., et un deuxième pic, de moindre amplitude,
aux alentours de 14 à 15 h. (LAVIE, 1985). Ainsi, LAVIE décrivait des moments
où la vigilance est optima : le matin, par exemple, ou le soir après 18 h.
Ces périodes de somnolence chronobiologique correspondent, d'après tous les
travaux qui ont été réalisés, au maximum d'accidents de la circulation, tout
étant relatif par rapport au nombre de véhicules en circulation.
La somnolence et les transports sont deux états en opposition totale. C'est
ainsi que dans un travail qui a été fait par ALRICH, on relevait 30% d'accidents
dus à la vigilance. En 1970, l'U.S. Motors Carrier retrouvait également 30%
; en 1996, Damien LEGER évaluait ces accidents entre 41 et 54 %. Ceci montre
bien que le problème existe et qu'il est important d'essayer de le régler.
. Cette somnolence diurne excessive peut être due à plusieurs facteurs : nous
rapporterons certains travaux qui ont été faits. Nous avions, en 1990 (L.
ARBUS et M. TIBERGE), exploré et étudié 110 dossiers d'expertises concernant
des sujets qui avaient eu un accident de la circulation, sans que l'on puisse
retrouver de cause exacte autre que la fatigue généralement invoquée.
Parmi cette population, chez ces 110 conducteurs de sexe masculin qui avaient
de 18 à 78 ans, nous avions retrouvé
- 42 sujets dont le bilan clinique et paraclinique était normal, mais chez
lesquels l'interrogatoire retrouvait une dette de sommeil responsable d'un
assoupissement au volant ;
- 18 sujets étaient traités par des médicaments, des benzodiazépines de 1/2
vie longue ou intermédiaire ;
- 34 sujets présentaient un syndrome d'apnée du sommeil, grave, avec d'importantes
perturbations de la respiration au cours du sommeil ;
- 5 sujets présentaient des hypersomnies, apparemment idiopathiques, mais
parfois difficiles à discriminer d'une autre étiologie ;
- et enfin 11 sujets présentaient une narcolepsie : 7 avaient été adressés
par des médecins du travail ; la narcolepsie était ancienne et connue ; 4
d'entre eux seulement avaient été retrouvés au cours de notre enquête.
. Ce travail montre bien
les différentes étiologies de la somnolence diurne excessive, capable d'entraîner
des accidents de la circulation chez les conducteurs professionnels ou non.
La somnolence, en effet, peut être physiologique et ici on retrouve la dette
de sommeil, un fléau… La population des pays développés a perdu une heure
de sommeil au cours des 50 dernières années, non par maladie, mais par habitude
… mais le même impératif de durée de sommeil existe. La durée de sommeil est
insuffisante : 80% des étudiants sont en dette de sommeil ; les sujets âgés
le sont également mais pour d'autres raisons.
Il faut remarquer que la dette de sommeil s'accumule et que, au bout de 2
heures de dette de sommeil, Marie CARSKADON a montré un début de détérioration
de la performance. Ces effets se font surtout sentir dans les 24 heures lors
des périodes chronobiologiques d'hypovigilance. A côté de la dette de sommeil,
facteur de somnolence diurne excessive, il faut faire une place à part au
travail posté. On a déjà traité ce sujet dans le cadre de ce symposium. J'ajouterai
que différents auteurs anglo-saxons, en particulier ACKERSTED ont montré combien,
chez le travailleur posté, le travail à certains moments de la nuit, et surtout
lorsque la récupération était insuffisante, pouvait être dangereux. Habituellement,
les accidents surviennent dans la deuxième partie de la nuit (c'est un travail
de BREJNER, 1985). On a noté également que les conducteurs de train étaient
moins vigilants entre 3 h. et 5 h. du matin (FORET).
Enfin, l'étude de LECRET
montre que, sur 18 sujets privés de sommeil pendant 24 h. et 36 h., une conduite
de 7 heures ne peut s'effectuer sans somnolence, tandis que les ondes alpha
sont fréquentes chez les conducteurs de train et traduisent l'hypovigilance.
De même ACKERSTED avait montré que, sur la réponse aux signaux, le travail
de nuit entraîne une baisse de la vigilance, une diminution du temps de réaction,
la raison de cette somnolence étant la dette de sommeil et le travail non
circadien.
Parmi les causes pathologiques de cette somnolence diurne excessive, il faut
retenir le syndrome des apnées du sommeil. On vous en a déjà parlé : ce sont
des sujets qui ont des apnées fréquentes pendant la nuit, avec un index d'apnée
(nombre d'apnées par heure) qui peut s'étendre de 10 à 30 ou 40 apnées, apnées
qui sont souvent longues, dépassant 20, 30 ou 40 secondes même et qui, chaque
fois, réveillent le malade : cette succession d'éveil entraîne une diminution
de la qualité du sommeil. Le passage en stade III et stade IV, par exemple,
est totalement absent de la nuit de ces patients. Il en résulte une somnolence
obligatoire qui survient surtout dans la journée au moment des périodes de
baisse de vigilance chronobiologique.
Ce sont des sujets dont l'habitus est particulier le cou, court, l'obésité,
l'hypertension artérielle, certains troubles urinaires durant la nuit, le
tout associé à un ronflement quasi constant, font que le diagnostic est relativement
facile et sera confirmé par l'enregistrement polygraphique de sommeil suivi
d'une étude des latences d'endormissement diurne.
Deuxième pathologie, moins fréquente, la narcolepsie constituée par 4 syndrômes
:
l'endormissement nocturne,
les crises de catatonie,
les paralysies du sommeil
et les hallucinations hypnagogiques.
Cette pathologie, qui est souvent héréditaire, va entraîner des endormissements
fréquents.
Enfin, notons la somnolence diurne excessive qui est une pathologie bien rare
si on en garde les critères habituels. .
Quelle conduite à tenir
doit-on envisager ?
En ce qui concerne la dette de sommeil, l'accent doit être mis sur l'information
et sur la formation. Autant dans la dette de sommeil que dans le travail posté,
il faut informer les sujets, la population sur les dangers que représente
cette dette de sommeil. La régulation du sommeil avec sa composante homéostasique
fait que tout endormissement est indispensable lorsque la durée du sommeil
a été insuffisante ; il y a une façon de lutter contre les effets nocifs de
cette dette de sommeil, c'est évidemment la prise de sommes (naps) (sommes
pris à intervalles réguliers, permettant une bonne récupération, plus particulièrement
si l'on doit effectuer un long voyage comme conducteur d'automobile).
Une formation nécessaire également en ce qui concerne les travailleurs postés
: cette formation est faite dans d'autres pays ; elle est à l'état embryonnaire
en France. Pourtant elle est indispensable avec des aménagements d'horaires,
des éclairements intermittents, et une meilleure connaissance de la récupération
par le travailleur.
Les pathologies doivent être dépistées ; un traitement existe pour chacune,
il doit être appliqué.
Le médecin du travail joue un rôle majeur dans ce dépistage. En effet, si
l'on réfléchit à ce que nous impose la législation (qui a d'ailleurs introduit
les apnées, la narcolepsie et les somnolences diurnes excessives dans les
interdictions de conduire) on constate que seul le médecin du travail peut
avoir un effet positif. En effet, il doit dépister ces sujets par l'étude
clinique, en demandant des examens polygraphiques de sommeil et nous n'insisterons
pas ici sur cette partie qui est bien connue de vous tous.
Les obligations légales
sont moins connues.
Le médecin praticien, lorsqu'il observe un tel syndrome pathologique chez
ces patients, n'a aucun recours. Il peut simplement le prévenir et le traiter
une fois le diagnostic fait. Il ne peut pas le dénoncer au médecin du travail,
il peut encore moins prévenir les Commissions du permis de conduire.
Le médecin de la Commission du permis de conduire ne voit pas ces malades.
Mis à part les conducteurs de poids lourds qu'il examine tous les 5 ans, parce
que la reconduction du permis doit être envisagée tous les 5 ans, il n'examine
les conducteurs de véhicules de tourisme qu'au moment où ils demandent leur
permis. On peut ne pas les examiner pendant toute leur vie s'ils ne commettent
pas d'infraction qui les amène au retrait.
Par contre le médecin du travail, par la population de conducteurs qu'il traite,
qu'il dépiste, a la possibilité de proposer des traitements, de faire en sorte
que ceux-ci soient suivis parce qu'il pourra " sévir " sous la forme d'un
changement de poste de travail pour un conducteur qui serait à risques. Nous
avions nous-même effectué un travail sur 10 conducteurs d'autobus, et avions
trouvé que dans 8 cas ces sujets avaient une somnolence diurne excessive.
Parmi ces 8 cas, 6 avaient des facteurs de risque, qui pouvaient être dépistés
cliniquement soit qu'il s'agisse d'une obésité, d'un ronflement, d'une hypertension
artérielle, etc.
La somnolence au volant est donc un élément grave, à l'origine d'accidents
fréquents contre lesquels il faut lutter. Le médecin du travail est le mieux
armé pour, d'une part informer les conducteurs professionnels dans l'entreprise
des risques qu'ils courent en leur permettant de gérer leur travail avec une
bonne répartition des horaires de sommeil et, d'autre part en dépistant les
sujets à risque en fonction de leur examen clinique et en demandant leur traitement.
CONSÉQUENCES SOCIOPROFESSIONNELLES ET ÉCONOMIQUES DES TROUBLES DE L'ÉVEIL ET DU SOMMEIL.
Damien LEGER, Elisabeth
PREVOT.
Consultation de pathologie professionnelle et Centre du Sommeil,
Hôtel-Dieu de Paris, 1 pl. du Parvis Notre-Dame, 75181 PARIS CEDEX 04
Résumé:
La prévalence des troubles du sommeil est élevée dans la population générale.
Près de 20% des français souffrent d'insomnie et 4 à 5% supplémentaires sont
atteints d'une pathologie de l'éveil avec somnolence diurne. Ces troubles
ont des conséquences sur la vigilance diurne et donc sur le fonctionnement
professionnel des patients. Elles ont un impact économique et sur la qualité
de vie.
Mots clés:
HYPERSOMNIE INSOMNIE APTITUDE ACCIDENTS
On sait bien que les conditions de travail peuvent influer sur la qualité
du sommeil et de la vigilance. Le travail à horaires alternants touche un
travailleur salarié sur 4 et plus de 40% de ces travailleurs postés se plaignent
de troubles du sommeil. L'ambiance physique (bruit, température, lumière)
a un impact avéré sur la vigilance et sur le sommeil. Les contraintes psychologiques,
le stress sont aussi des facteurs de perturbation.
On connaît cependant moins les conséquences des maladies du sommeil et de
l'éveil sur la vie professionnelle. L'insomnie et les troubles de l'éveil
sont pourtant des facteurs de perturbation professionnelle qui doivent être
mieux considérés en médecine du travail.
LES CONSÉQUENCES SOCIOPROFESSIONNELLES DES TROUBLES DE L'ÉVEIL.
Définitions.
Les troubles de l'éveil peuvent se manifester par des accès de sommeil irrépressibles
dans la journée, par une somnolence constante ou par une durée importante
de sommeil avec difficultés à se réveiller le matin. Ils peuvent être secondaires
à des pathologies respiratoires (apnées du sommeil), neurologiques, endocriniennes
ou psychiatriques. Ils peuvent aussi être primaires comme dans la narcolepsie.
Ils peuvent également résulter d'une anomalie endogène ou exogène des rythmes
circadiens. Ils peuvent enfin être secondaires à une prise médicamenteuse
chronique. Dans tous les cas, ils se caractérisent par une diminution des
capacités de vigilance diurne: attention, mémoire, efficience, rapidité et
ont donc des conséquences professionnelles.
Aptitude aux postes de
sécurité.
Au delà des difficultés quotidiennes au travail des patients hypersomniaques,
la question de l'aptitude ne se pose réellement que pour les postes de sécurité.
Le risque accidentel chez les conducteurs présentant une pathologie de l'éveil
a été largement démontré. L'arrêté du 7 mai 1997 fixant la liste des incapacités
physiques incompatibles avec l'obtention ou le maintien du permis de conduire
préconise une inaptitude concernant le groupe lourd pour les patients souffrant
de narcolepsie, d'hypersomnie idiopathique ou d'apnées du sommeil et suggère
une inaptitude temporaire sous réserve de l'avis des spécialistes pour le
groupe léger pour ces mêmes malades. Cette législation peut servir de référence
concernant l'aptitude aux postes de sécurité. Le test de maintien d'éveil
est un moyen objectif d'appréciation de la vigilance, il peut permettre d'évaluer
la capacité à se maintenir éveillé dans des situations monotones.
L'échelle de somnolence d'Epworth est un moyen simple, subjectif, utilisable
en médecine du travail permettant d'apprécier la sensation de somnolence.
Elle doit être interprétée avec prudence dans certaines pathologies ou le
patient a tendance a sous-estimer son trouble (comme dans le syndrome d'apnées
du sommeil).
LES CONSÉQUENCES SOCIOPROFESSIONNELLES DE L'INSOMNIE
Définitions.
L'insomnie chronique touche environ un français adulte sur 5. Elle entraîne
par définition des conséquences diurnes. Les patients peuvent se plaindre
de troubles de l'endormissement, de réveils nocturnes, de réveil trop précoce
ou de sommeil non récupérateur. Les difficultés rapportées dans la journée
sont : un ralentissement, une augmentation des erreurs, une diminution du
temps de réaction, une irritabilité.
Insomnie: signe et facteur de la désinsertion professionnelle.
A partir d'une étude comparative entre un groupe d'insomniaques sévères et un groupe de bons dormeurs, nous avons mis en évidence que l'insomnie était associée significativement à des conséquences professionnelles. Les insomniaques rapportent plus d'erreurs au travail. Ils ont aussi plus d'accidents du travail et d'absentéisme. Les insomniaques sont plus souvent en retard et ont plus de difficultés de communication au travail que les bons dormeurs.
Leigh et col. ont montré que les troubles du sommeil étaient parmi 21 variables, le facteur prédictif le plus significatif de l'absentéisme au travail. L'insomnie est aussi considérée comme l'un des premiers signes d'apparition de pathologies dépressives. La plainte d'un mauvais sommeil est l'un des signes les plus fréquemment rapportés lors de la visite systématique. Le médecin du travail doit être attentif de ne pas banaliser cette plainte qui peut être révélatrice d'une mauvaise insertion professionnelle.