L'ASTHME PROFESSIONNEL EN FRANCE. BILAN DE 3 ANS DE FONCTIONNEMENT DE L'OBSERVATOIRE NATIONAL DES ASTHMES PROFESSIONNELS (ONAP)
Ameille Jacques, Calastreng-Crinquand Anne et les correspondants régionaux
de l'ONAP
SOCIETE FRANÇAISE DE MEDECINE DU TRAVAIL. PARIS.
L'asthme professionnel (AP) est devenu la principale maladie respiratoire professionnelle dans la plupart des pays industrialisés. En dépit de conséquences médicales et sociales graves, cette maladie reste largement méconnue. L'ONAP a été créé en 1996, sur une initiative commune de la Société Française de Médecine du Travail (SFMT) et de la Société de Pneumologie de Langue Française (SPLF) avec pour objectifs une meilleure connaissance de l'incidence de l'AP, de ses étiologies et des professions à risque, de façon à promouvoir des actions de prévention primaire.
Méthodes :
L'ONAP repose sur un réseau de correspondants médecins du travail, consultations de pathologie professionnelle, médecins conseil du service des AT/MP de la CRAMIF, pneumologues. Les cas incidents font l'objet d'un signalement par l'intermédiaire d'une fiche. Les données recueillies sont traitées à l'aide du logiciel Epi-Info. Cette étude porte sur les cas d'AP diagnostiqués entre 1996 et 1998 et signalés à la SFMT.
Résultats :
Pour la période étudiée, 1201 cas ont été signalés à la SFMT. Les victimes sont en majorité du sexe masculin (65,0 %), âgées en moyenne de 37,0 ± 11,5 ans. L'incidence la plus importante est observée dans la tranche d'âge 25 35 ans. Le diagnostic d'AP est considéré comme certain dans 53,0 %, probable dans 26,1 % et possible dans 20,9 % des cas. Les syndromes de Brooks (RADS) représentent 5,7 % des cas. Les étiologies les plus fréquemment suspectées sont par ordre de fréquence décroissante la farine (22,7 %), les isocyanates (14,5 %), les aldéhydes (6,7 %), le latex (6,3 %) et les persulfates alcalins (5,7 %). Le plus grand nombre de cas a été observé chez les boulangers et pâtissiers (21,7 %), les membres des professions de santé (9,7 %), les peintres au pistolet (7,2 %), les coiffeurs (6,0 %) et les employés de nettoyage (5,7 %). C'est chez les peintres automobiles et les boulangers que l'incidence de l'AP est la plus forte. Un certificat médical initial (CMI) pour déclaration de MP a été établi dans 57,6 % des cas.
Les principales évolutions observées au cours de la période d'observation sont une augmentation du nombre de cas signalés (373 en 1996, 391 en 1997, 437 en 1998), une augmentation du nombre d'AP dus au latex (14 cas en 1996 ; 28 cas en 1997 ; 34 cas en 1998), et une augmentation du taux de rédaction des CMI (51,4 % en 1996 ; 56,0 % en 1997 et 64,5 % en 1998).
Discussion :
Les données de l'ONAP, quoique très éloignées de l'exhaustivité, témoignent d'une incidence largement supérieure à celle que font apparaître les statistiques de la CNAM. Elles permettent de hiérarchiser les risques et de désigner ainsi des cibles prioritaires pour la prévention.