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L'étude prospective d'incidence a débuté le 1er janvier 1988, seuls
les patients résidant dans les départements concernés au moment du diagnostic étaient
inclus. Cette étude a été réalisée grâce à la participation de l'ensemble des
gastro-entérologues des 4 départements. Avant le début de l'étude puis régulièrement
1 fois par an, tous les gastro-entérologues ont été informés des modalités et des
principaux résultats par des réunions. Dans une optique non seulement d'information mais
aussi de participation plus active, nous avons créé en 1993 un "conseil
EPIMAD" regroupant 3 gastroentérologues hospitaliers, 6 gastroentérologues
libéraux, 3 gastroentérologues CH et U, 2 épidémiologistes CH et U et 1
médecin-enquêteur. Ce conseil a pour but, à partir de réunions informelles tous les 4
mois, de discuter de projets d'études et de la mise en place "pratique" de ces
études.
Chaque gastro-entérologue déclare tout patient consultant pour la première
fois avec des symptômes cliniques compatibles avec une MICI. Les gastro-entérologues
sont contactés par téléphone au moins 3 fois par an par le médecin enquêteur. Ce
dernier se déplace sur le lieu de consultation du gastro-entérologue et collecte dans un
questionnaire chaque nouveau cas. Les principaux renseignements recueillis sont : l'âge,
le sexe, la date du diagnostic, le délai diagnostique, les données cliniques,
radiologiques, endoscopiques et histologiques ayant permis de faire le diagnostic.
Les patients ayant une coproculture positive, prenant des antibiotiques et/ou
des anti-inflammatoires non stéroïdiens dans le mois précédant le début des
symptômes, sont exclus de l'étude.
Les questionnaires sont revus en double aveugle par 2 gastro-entérologues
experts, les Docteurs Corinne Gower-Rousseau et Raymond Marti pour le Nord Pas de
Calais. Chaque centre est indépendant quant à ces gastro-entérologues experts. Il y a
dans chacun des centres 2 gastro-entérologues experts.
Un diagnostic final de maladie de Crohn, de rectocolite ulcéro-hémorragique
ou de proctite ulcérée, est alors posé et rapporté soit sous forme certaine, probable
ou possible. Certains dossiers ont été classés en colite aigue si le délai entre
le début des symptômes et le diagnostic était inférieur à 6 semaines. Les dossiers
pour lesquels le diagnostic de MICI était probable, mais sans argument permettant de
différencier une maladie de Crohn d'une rectocolite ulcéro-hémorragique ont été
classés colite chronique inclassable.
Les critères suivants ont été utilisés :
 | Maladie de Crohn certaine : Présence d'un granulome avec cellules
épithélioïdes et giganto-cellulaires sur des biopsies ou des spécimens chirurgicaux.
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 | Maladie de Crohn probable : |
1) Lésions du colon sans atteinte de l'intestin grêle et présence au moins de
3 des 4 critères suivants :
a- Histoire clinique de diarrhée et/ou de douleurs abdominales depuis
plus de 6 semaines.
b- Aspect radiologique et/ou endoscopique évocateur d'une maladie de Crohn,
avec des lésions segmentaires et/ou une sténose inflammatoire colique.
c- Aspect histologique compatible avec une maladie de Crohn.
d- Existence de fistule et/ou d'abcès en relation avec la maladie
inflammatoire digestive.
2) Lésions de l'intestin grêle avec ou sans atteinte colique, quelle que soit
la durée des symptômes cliniques, et la présence d'au moins 2 des 4 critères
ci-dessus.
 | Maladie de Crohn possible : |
1) Lésions du colon sans atteinte de l'intestin grêle et présence de 2 des 4
critères ci-dessus, incluant une histoire clinique évoluant depuis plus de 6 semaines.
2) Lésions de l'intestin grêle avec ou sans atteinte colique, quelle que soit
la durée d'évolution des symptômes cliniques et la présence de 1 des 4 critères ci-
dessus.
 | Rectocolite hémorragique certaine : |
1) Histoire clinique de diarrhée et/ou de rectorragies évoluant depuis plus de
6 semaines et au moins 2 des 3 critères suivants :
a- Aspect endoscopique typique incluant une muqueuse friable, granuleuse
ou ulcérée, ou les deux, au niveau de la muqueuse en surface.
b- Aspect radiologique typique incluant des ulcérations et/ou des sténoses
du colon.
c- Aspect histologique compatible avec une RCH sur des biopsies ou des
spécimens chirurgicaux nécroptiques.
2) Spécimens chirurgicaux ou nécroptiques macroscopiquement typiques de RCH
avec une histoire clinique également typique.
 | Rectocolite hémorragique probable : |
1) Histoire clinique de diarrhée et/ou de rectorragies évoluant depuis plus de
6 semaines et 1 des 3 critères ci-dessus.
2) Histoire clinique évoluant depuis plus de 6 semaines mais sans diarrhée ni
rectorragies et 2 des 3 critères ci-dessus.
3) Spécimens chirurgicaux ou nécroptiques macroscopiquement typiques de RCH,
mais sans aspect histologique typique.
 | Rectocolite hémorragique possible : |
Histoire clinique typique évoluant depuis plus de 6 semaines, mais sans aspect
morphologique ni histologique compatible avec le diagnostic.
Les proctites ulcérées (localisation uniquement rectale de la RCH (PU))
certaines, probables et possibles sont définies avec les mêmes critères que ceux de la
RCH, mais avec à l'évidence un aspect macroscopiquement normal du sigmoïde sus-jacent.
La jonction rectosigmoïdienne a été arbitrairement estimée à 20cm de la
marge anale.
Les patients ayant un tableau clinique de colite chronique compatible avec l'un
ou l'autre des diagnostics de maladie de Crohn ou de RCH ont été classés en colite
chronique inclassable.
Les patients ayant une histoire clinique évoluant depuis moins de 6 semaines
(sans granulome, ni lésions de l'intestin grêle) ont été classés en colite aigue. Ces
patients nécessitent un suivi afin de permettre un reclassement ultérieur de leur
diagnostic initial en MICI ou colite aigue non spécifique, si aucun événement n'est
survenu au bout de 1 an (vraisemblable colite infectieuse).
| Saisie
des données et analyse |
La saisie des données est effectuée par les médecins-enquêteurs. Ils
disposent chacun à cet effet d'un ordinateur portable.
Les questionnaires sont saisis sur un support informatique développé sous EPI
INFO, logiciel d'épidémiologie développé par l'Organisation Mondiale de la Santé et
les Centers for Disease Control (Atlanta, GA, USA), et diffusé en français par l'Ecole
Nationale de la Santé Publique (Rennes). La version utilisée est la version 6.04b.
Pour l'analyse, nous utilisons EPI INFO et SAS®, logiciel de statistiques
diffusé par SAS Institute (Cary, NC, USA).
Le comité du Registre comprend donc 6 gastroentérologues hospitaliers, 4
épidémiologistes, 1 gastroentérologue libéral et 7 médecins enquêteurs des 3 centres
(Lille, Amiens et Rouen). Ce comité se réunit tous les 2 mois à Amiens. Le but de
ces réunions est de réaliser des tests de validation afin de vérifier que le
protocole est correctement suivi par l'ensemble des médecins enquêteurs, et également
de minimiser les variations inter experts.
Afin de valider l'exhaustivité de cette enquête, nous avons réalisé en 1989
une étude de validation dans le département de la Somme. Tous les médecins
généralistes (n=498), ainsi que les Pédiatres, Radiologues, Anatomopathologistes et
Chirurgiens (n=36) ont reçu un questionnaire afin de notifier les cas incidents de MICI
pendant l'année 1989.
Ceux qui n'ont pas répondu ont été ensuite contactés par téléphone.
L'ensemble des spécialistes et 450 des 498 médecins généralistes (91%) ont répondu à
cette enquête de validation. Au total, 85 cas de MICI ont été rapportés par ces
généralistes et spécialistes. En 1989 dans le département de la Somme, les
gastro-entérologues n'avaient signalé que 82 cas de MICI. Les dossiers manquants
étaient en fait déclarés par 2 anatomopathologistes et 1 médecin généraliste (1 RCH
possible, 1 maladie de Crohn possible et 1 proctite probable). Ces patients avaient
effectivement consulté un gastro-entérologue qui avait oublié de déclarer le cas au
médecin enquêteur. Il n' y avait donc pas de "court-circuitage" des
gastroentérologues. Cette étude de validation a permis de chiffrer notre exhaustivité
à 96,5%.
Les résultats présentés ci-dessous n'incluent que les formes certaines et
probables de MICI. En effet, afin d'être homogènes avec les autres études parues
dans la littérature, les formes possibles comme les formes aiguës n'ont pas été
incluses dans le calcul des taux d'incidence.
Les cas de RCH et de PU ont été fusionnés. Afin de tenir compte des
disparités inter-départementales quant aux âge et sexe des populations, les taux
d'incidence ont été standardisés (sur l'âge et le sexe) permettant d'exprimer les
résultats sous forme de taux comparatifs.
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